Le sujet ne peut plus être ignoré…
Les grandes marques ne peuvent plus ignorer les conditions dans lesquelles leurs produits manufacturés sont sous-traités. Depuis les années 90, les organisations de la société civile (ONG, syndicats, associations de consommateurs etc.) ont révélé la misère cachée derrière la surenchère publicitaire des marques de vêtements, ou d’articles de sports. Craignant pour leur image, entreprises et distributeurs, sur la pression de ces organisations ont amorcé des changements.
… mais les progrès sont lents
Les grandes marques se sont pour la plupart dotées de codes de conduite et certaines rendent publique la liste de leurs sites de production. Mais ces codes restent souvent de simples déclarations d’intention et occultent régulièrement l’absence de liberté syndicale. Un code de conduite qui ne va pas au-delà de la réglementation nationale et internationale en vigueur n’est pas un outil de progrès social. Ces documents n’étant pas issus de concertations avec les salariés, ils ont rarement l’effet des outils issus de la négociation sociale comme, par exemple, les accords-cadres signés au niveau international avec les organisations syndicales.
Des audits sociaux sont régulièrement menés mais sont inefficaces : rarement inopinés, ils sont biaisés par un système de double comptabilité ou de fausses fiches de paie fournies par les usines. Et la liberté d’expression des travailleurs qui craignent de perdre leur emploi n’est pas garantie. Il est très rare également que les travailleurs aient accès aux rapports d’audit et encore plus qu’ils soient invités à adresser des commentaires voire des rectificatifs.
“S’ils viennent nous parler, nous dirons seulement ce que le [Département des ressources humaines] nous a demandé de le dire. J’ai besoin d’argent pour survivre et donc, j’ai besoin de mon travail. Donc, je dirai que l’entreprise nous paie nos heures supplémentaires, nous donne de bons salaires, etc. Que puis-je faire d’autre ?”Superviseur du service emballage, fournisseur de Walmart, Bangalore
Surtout, ces mesures ne sauraient être efficaces quand les marques continuent d’exiger la livraison de leurs commandes dans des délais toujours plus courts et à des prix toujours plus bas. En imposant ces pratiques d’achats irresponsables à leurs fournisseurs, les marques les poussent à répercuter cette pression sur les plus vulnérables : les travailleurs.

- atelier de l’usine Tami (Madagascar)